Avortement

La prise en charge de l’avortement en France : un luxe qui se banalise ?

Cela fait plus de 30 ans que les femmes ont le droit d’avorter en France. Depuis, l’État fait en sorte que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) se fasse dans les meilleures conditions afin de limiter son impact sur la santé des femmes et sur leur vie personnelle. Pourtant, les résultats de ces efforts semblent mitigés.

Selon les statistiques de l'INED (Institut national d’études démographiques), 15,2 femmes pour 1000 âgées de 15 à 49 ans ont recours à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) chaque année. Un taux relativement élevé par rapport au reste des pays de l’Union européenne.

Selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), 49 % des avortements se font aujourd’hui par IVG médicamenteuse (sans hospitalisation) et cette pratique continue de se répandre.

La majorité des IVG seraient la conséquence d'une erreur dans l’utilisation d’un traitement contraceptif. Ces erreurs étant fréquentes (oubli de la prise de la pilule, usage inadéquat du préservatif, etc.), le ministère de la santé tente de développer des méthodes de « correction » permettant un avortement plus précoce et entraînant des risques physiologiques moindres, comme la pilule du lendemain. Cependant, avec l’accès facilité aux méthodes de correction, on peut craindre une banalisation des erreurs de contraception et, par conséquent, une augmentation du nombre d’avortements. Des données relevées en 2006 vont dans ce sens, en révélant qu’environ 35 % des femmes ayant eu recours à l’IVG médicamenteuse cette année-là avaient déjà avorté dans le passé.

Les complications possibles après une IVG

Même s’ils sont très faibles, les risques de complications suite à une IVG sont réels. Dans le cas de l’IVG par curetage (non médicamenteuse), les complications les plus graves sont la perforation de l'utérus – qui concernerait de 2 à 3 % des cas d’IVG en France – et l’augmentation du risque d’implantation anormale du placenta. Dans les deux cas, le risque de complications lors de grossesses futures est accru, notamment en termes de grossesse extra-utérine et de naissance prématurée. Il arrive qu’une perforation de l’utérus contraigne les médecins à procéder à une hystérectomie (ablation de l'utérus) entraînant une stérilité définitive. D’autre part, les complications liées à des dommages de l’utérus sont les principales causes de handicap pour les nouveaux-nés.

D’autres complications sont possibles, par exemple des infections, des hémorragies et la perturbation du cycle menstruel. Elles sont souvent de faible gravité mais relativement fréquentes.

Les femmes ayant subi un avortement ont 2,3 fois plus de risques que les autres de développer un cancer du col de l'utérus ou un cancer du sein. Chez celles qui ont eu deux avortements ou plus, ce risque est presque 5 fois plus élevé. L’avortement pourrait également avoir une incidence sur le risque de cancer du foie et des ovaires. En revanche, à ce jour, aucune étude n’a pu faire de lien évident entre l’avortement et une potentielle augmentation du risque de stérilité.

D’autre part, il est important de noter que le personnel médical qualifié se fait de plus en plus rare. Le départ à la retraite de la génération de médecins et d’infirmières qui se sont battus pour le droit d’avorter dans les années 1970 va être difficile à combler car la pratique de l’avortement est plutôt dévalorisée au sein des métiers de la santé. Aussi se posera bientôt le problème de l’encadrement médical des 200 000 avortements qui ont lieu en France chaque année, remettant en question la sécurité médicale et sanitaire de l’IVG.

Le sentiment de culpabilité

Le fait d’avorter peut laisser des séquelles psychologiques à plus ou moins long terme. Beaucoup de femmes ressentent un sentiment de culpabilité dès qu'elles décident d’avorter et qui peut perdurer toute leur vie. Ce sentiment peut être aggravé par l’attitude de l’entourage, voire même du personnel médical qui pratique parfois l’avortement à contrecœur.

Les femmes ayant avorté sont particulièrement vulnérables à la dépression et à la compensation de cet état dépressif par l'utilisation excessive d'alcool, de tabac ou de drogues. Le taux de suicide est 14 fois plus élevé chez les femmes ayant avorté que chez les femmes ayant mené à terme une grossesse non désirée.

L’environnement familial fragilisé

L’avortement peut influer sur la vie de couple et sur la vie de famille. Au sein du couple, des doutes et des tensions peuvent s’installer suite aux pressions diverses qui ont pu être subies de part et d’autre, et peuvent générer, même tardivement, de l’incompréhension et du ressentiment.

La baisse d’appétit sexuel, qui concernerait de 30 à 50 % des femmes ayant avorté, est également un facteur de dégradation des relations de couple. On estime qu’environ 60 à 70 % des couples non mariés se séparent dans l’année suivant une IVG.

Les couples ayant eu des enfants avant ou après un IVG, vivent souvent avec le fantôme de l’enfant qui n’est pas né. Les femmes, en particulier, continuent de compter l’âge que l’enfant aurait eu s’il avait vécu et se souviennent de l’avortement avec une culpabilité et un sentiment de honte qui peuvent mettre en péril leur relation avec les membres de leurs familles, en particulier avec leurs enfants car certaines se sentent indignes d’être mère après avoir eu recours à l’IVG.

L’avortement est-il seul responsable de l’état de souffrance des femmes ?

Les conclusions d'une étude menée dans plusieurs pays par deux chercheurs canadiens (Russo et Dabul) démontrent que l’état d’esprit d’une femme après un avortement dépend essentiellement de l’état d’esprit qui était le sien avant l’avortement. Tout dépend des conditions dans lesquelles elle a fait le choix d’avorter. Avait-t-elle réellement le choix ? Subissait-elle des pressions de la part de son entourage ? Se sentait-elle abandonnée par son compagnon ou par ses proches ? Etc.

Les femmes ainsi fragilisées psychologiquement risquent davantage de souffrir d’un traumatisme post-IVG que des femmes dont l’état psychologique était stable avant l’avortement.

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