Femme et écologie

Ecoféminisme : quand développement durable rime avec femme et écologie

L’écoféministe défend l’idée que la domination imposée par les hommes, à la fois sur les femmes et la nature, a engendré la situation de crise environnementale qui frappe la planète. Au delà de la lutte des genres, le rôle des écoféministes sur la prise de conscience des enjeux environnementaux est indéniable.

Femmes engagées et écologie dans les années 1960

Les années 1960 ont vu naître une multitude de nouvelles idéologies libertaires, pacifistes, anticapitalistes, parmi lesquelles le féminisme et l’écologie. Inspirées par ces diverses influences, deux femmes écrivains, l’une américaine et l’autre française, ont décidé d’étudier le lien entre les problématiques environnementales et les injustices infligées aux femmes. C’est d’abord Rachel Carson qui décrit dans son livre « Silent Spring » (1962) les principes de la pensée écoféministe, mais c’est Françoise d’Eaubonne qui emploie pour la première fois le terme d’écoféminisme dans « Le féminisme ou la mort » (1974). Leur constat est sans appel : si l’environnement est depuis si longtemps bouleversé par l’activité humaine, c’est à cause des hommes. Les deux pionnières du féminisme ont ainsi lancé l’idée que les femmes seraient les principales alliées de l’environnement face notamment à la pollution industrielle et aux produits chimiques.

L’écoféminisme ne s’arrête pas aux frontières occidentales. Dans les régions rurales d’Inde, des villageoises ont développé le Chipko Andolan, une forme de protestation qui consiste à lutter contre la déforestation en « encerclant l’arbre de ses bras ». Cette forme de protestation féminine s’est répandue à travers l’Asie du sud et même en Afrique. Vandana Shiva est la figure emblématique de ce mouvement et, plus largement, de l’altermondialisme. Elle incarne le militantisme écoféministe en menant depuis plus de trente ans une lutte pacifiste mais néanmoins virulente contre les politiques d'expansion des multinationales agro-alimentaires et les OGM qui menace d’extinction l'agriculture paysanne traditionnelle.

Les années 1990 et la division du mouvement

Dans les années 1990, le mouvement écoféministe s’essouffle en France et ailleurs il se divise. Dans les pays anglo-saxons on observe deux principales tendances, la première se concentre sur les aspects socio-économiques de l’écoféminisme. Mené par Vandana Shiva, ce mouvement dénonce la domination entretenue par l’Occident sur les pays du Sud et propose une autre forme de mondialisation, plus respectueuse des cultures et des traditions. La seconde tendance, inspirée par les cultures et religions primitives, s’oriente vers une conception mystique de la relation entre les femmes et la nature. Ce mouvement milite pour un modèle de société matriarcal qui permettrait à l’humanité de vivre en parfaite harmonie avec la « Terre-Mère ».

De nos jours, l’écoféminisme se mêle à une nouvelle mouvance éco-responsable. En effet, comme le rappelle l'enquête « L’engagement écologique au quotidien a-t-il un genre ? » réalisée par les sociologues Michèle Lalanne et Nathalie Lapeye, dans 80 % des ménages ce sont toujours les femmes qui se chargent des tâches ménagères, par conséquent, ce sont elles qui s’assurent que leur foyer répond aux nouvelles normes « écolos » que sont l’alimentation bio, le tri des déchets, la gestion responsable de l’eau, la médecine par les plantes, etc.

Tendances et excès de l’écoféminisme moderne en France

En France, si beaucoup se réjouissent du regain de popularité que connait l’écoféminisme, l’auteur féministe Elisabeth Badinter estime pour sa part « qu'il faut se méfier de la reprise politique de l'écofeminisme tel qu'il est théorisé actuellement ». Dans son livre, « Le conflit, la femme et la mère » (2010), elle exprime en effet sa crainte que la mouvance écolo - qui incitent de plus en plus de mères à n’utiliser que des couches lavables, à prolonger la période d’allaitement des nouveaux-nés, ou encore à ne les nourrir qu’avec des produits alimentaires bios et faits maison - ne poussent les femmes vers « un destin très régressif ». L’auteur imagine que ces pratiques écologiques chronophages pourraient contraindre les femmes à délaisser leur carrière professionnelle et leurs occupations extra-familiales pour ne s’occuper que des tâches écologiques dans leur foyer.

Les travaux d’Anne-Line Gandon, une doctorante lyonnaise qui travaille actuellement sur une thèse intitulée « Les représentations sociales du développement durable : des enjeux de sexe et de genre », tendraient à conforter les inquiétudes d’Elisabeth Badinter. Anne-Line Gandon explique que l’absence de structure dans l'écofeminisme hexagonal – qui n’est soutenu officiellement par aucune personnalité politique – le rend particulièrement vulnérable à une instrumentalisation par des mouvements écologistes extrémistes et par des stratégies marketing qui profitent de la tendance bio pour développer des lignes de produits écolos plus chers, que les usagers achètent en pensant qu’ils ont été fabriqués de façon artisanale et écologique, mais ce n’est pas toujours le cas (pour en savoir plus sur la récupération de la tendance écolo par les grandes marques, visitez le site du Prix Pinocchio qui dénonce, dans la catégorie « Greenwashing » ou éco-blanchiment en français, les entreprises françaises les plus abusives dans ce domaine).

Plus récemment, l’écoféminisme a donné naissance aux « childfree » (libres d'enfants), ces femmes qui refusent de procréer. Le refus d'enfants devient pour elles un véritable engagement pour le développement durable car elles luttent ainsi contre l’une des principales causes de la crise environnementale : la surpopulation de la planète.

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