Parité

La parité pour un meilleur accès à la sphère politique

Selon l'ONU, les femmes sont le meilleur atout du changement durable. En dépit de ce constat, les femmes ne sont pas suffisamment représentées pour avoir un impact réel sur les décisions qui sont prises au plus haut niveau. La parité est un moyen mis en place pour permettre l'accès des femmes aux sphères politiques.

En 1945, pour la première fois dans l’histoire de la France, non seulement les femmes obtiennent le droit de vote, mais également 33 d’entre elles se font élire députées (représentant alors 5,6 % du total des élus à l’Assemblée nationale). Ce nombre chute dès 1958 – 1,7 % – et stagnera pendant 20 ans, jusqu’aux législatives de 1978 qui voient une résurgence des femmes à l’Assemblée – 4,7 %. Depuis la participation des femmes en politique en France est en augmentation constante. Lors des dernières élections législatives en 2007 parmi les 577 députés élus, 107 étaient des femmes, soit un taux de représentation féminine de 18,5 %, ce qui place la France au 65ème rang mondial des états paritaires*.

Si le concept de parité semble désormais passé dans les mœurs, jusqu’au début des années 2000, le débat est longtemps resté houleux. Les intervenants de tous bords se déchaînaient sur les plateaux télévisés ou dans les émissions de radio : pour ou contre la « discrimination positive » ? Pour ou contre l’ajout d’un amendement de la « parité » dans la constitution de la Ve République ?

Pourquoi le principe de « discrimination positive » est-il discutable ?

En 2000, la France a voté la loi de la parité hommes-femmes en politique, qui réside sur le principe de « discrimination positive ». Autrement dit, les partis politiques doivent désormais respecter un quota de candidates féminines lors des élections municipales et législatives, faute de quoi ils sont contraints de payer une amende à l’État.

Ceux qui s’opposaient à l’établissement de cette loi – ils étaient nombreux – s’appuyaient sur l’idée que la République reconnait uniquement des citoyens et non pas des hommes ou des femmes, ni des individus en fonction de leur âge, de leur couleur ou de leur religion. C’est ce principe qui permet à la République d’être égalitaire car on admet ainsi que tout candidat a le droit de représenter ceux qui l’élisent, sans considération de ses caractéristiques sociales, ethniques ou culturelles. Un électeur blanc peut décider d’être représenté par un député arabe, un citoyen juif peut décider d’élire un maire Musulman, de la même façon qu’un homme peut voter pour une femme. Selon ce principe, il n’est donc pas concevable d’établir des quotas pour favoriser un type de citoyen en fonction de ses caractéristiques individuelles. Si les femmes veulent être élues, elles doivent, en tant que citoyenne, tenter de convaincre l’opinion et ce n’est pas à la République que revient de convaincre les électeurs de voter pour un citoyen en fonction de ses spécificités.

Echec du « citoyen neutre »

Ceci dit, si l’on peut reconnaître que la République a essayé de favoriser l’égalité entre citoyen, on peut néanmoins émettre des doutes quant à l’efficacité de ce principe du « citoyen neutre », sans sexe ni autre spécificité. La discrimination a beau être interdite, il est impossible de l’empêcher lors des élections. Les raisons qui poussent un électeur à choisir tel ou telle candidat(e) ne peuvent pas être légiférées.

Selon la philosophe Geneviève Fraisse, le changement des mentalités ne peut pas se produire sans que l’État n’insuffle d’abord le changement par le biais de la loi : « Des siècles d'histoire l'ont prouvé : l'égalité n'est pas un phénomène naturel. Seule la loi, la contrainte, permet de l'instaurer ». La simple volonté des femmes ne pourrait suffire à changer les habitudes d’une société depuis longtemps dominée par les hommes. Les Nations Unies, convaincues de la nécessité d’instaurer des quotas pour permettre aux femmes d’être mieux représentées dans la sphère politique – après tout, les femmes représentent plus de 50 % de la population mondiale, elles devraient donc avoir droit à une représentation équitable – posent le princpe de discrimination positive en 1983, dans la Convention des Nations Unies pour les femmes. En pratique, ces quotas peuvent être imposés par la loi ou décidés volontairement par les partis politiques. En France, par exemple, c’est la loi qui impose depuis l’année 2000 aux partis politiques de présenter un nombre égal de candidatures de femmes et d’hommes aux élections législatives.

Les quotas sont-ils la seule solution ?

Les politiques de parité ont indiscutablement « boosté » la représentation des femmes dans les Parlements des pays en développement. À titre d’exemple, en date du 30 septembre 2010, le nombre de femmes élues parlementaires avait dépassé 35 % au Sénégal, au Burundi, au Rwanda, en Argentine, en Bolivie et en Arabie saoudite**. En France, en revanche, on n’a pas observé d’évolution significative lors des élections législatives de 1997 et 2002 (avant et après la mise en application de la loi parité hommes-femmes). Il semble que l’évolution vers une meilleure représentation des femmes en politique se serait faite naturellement, puisqu’elle était  déjà en augmentation constante depuis 1978.

D’ailleurs, même pour les pays en développement, les chiffres sont encourageants, mais leur interprétation reste néanmoins sujette à controverse. Par exemple, au Rwanda, le taux élevé de femmes élues s’expliquerait en grande partie du fait qu’une très grande proportion d’hommes sont morts lors des conflits entre les Tutsi et les Hutu. Comme souvent dans l’histoire, en temps de guerre, les hommes se sont retrouvés en première ligne tandis que les femmes ont pris le relai « à l’arrière » du front.

Il faut donc considérer avec prudence des analyses trop pressées de démontrer que les quotas paritaires sont la seule façon de rendre les sociétés plus équitables. Peut-être ces études sous-estiment-elles la capacité qu’ont les sociétés à évoluer d’elles-mêmes, avec ou sans lois pour les stimuler.

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Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

* Site web de l’Assemblée nationale.

** Site web de l’Union interparlementaire.

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