Suffragette

Les Suffragettes, des militantes aux méthodes fortes

Du XIXème siècle, quand débute la lutte pour le droit de vote des femmes au Royaume-Uni, à la lutte du 3ème millénaire contre le réchauffement climatique, les Suffragettes ont parcouru du chemin et demeurent un symbole puissant de ce dont les femmes sont capables pour se faire entendre.

D’abord des revendications pacifiques…

En 1897, Millicent Fawcett fonde l’Union nationale pour le suffrage des femmes en Grande-Bretagne. Le but est de mener une lutte pacifique, car Fawcett craint que le mouvement ne soit décrédibilisé si les femmes se montrent violentes. Et pour cause, l’un des principaux arguments que l’on oppose alors au vote des femmes est leur supposée incapacité à raisonner. On considère à l’époque que les femmes sont émotives et dépourvues de sens critique. 

Ce premier mouvement ne parvient à convaincre que très peu de membres du Parlement. Mais en 1903, la lutte féministe trouve un nouveau leader en la personne d’Emmeline Pankhurst, une militante radicale venue de Manchester, déjà très impliquée dans le combat politique pour le vote des femmes. Pour mieux se faire entendre, Emmeline et ses trois filles, Christabel, Sylvia et Adela, créent l’Union sociale et politique des femmes, un mouvement qui se veut bien plus virulent et provocateur que son prédécesseur.

… puis un militantisme de choc !

En 1905, Christabel accompagnée d'une autre militante de ce nouveau mouvement font incursion dans une réunion de responsables politiques à Manchester et demandent aux élus s’ils jugent que les femmes devraient obtenir le droit de vote. Aucun ne répond. Les deux jeunes femmes brandissent alors une banderole de protestation (le célèbre « Votes for Women ») et exigent une réponse. La police les arrête et les condamne à payer une amende pour outrage. Elles refusent de payer, sont envoyées en prison et parviennent ainsi à s’attirer la pitié et la sympathie de l’opinion.

Cet acte de provocation est le premier d’une longue liste (les militantes britanniques ont notamment brûlé des églises, certaines se sont enchaînées aux grilles du Palais royal de Buckingham, d’autres ont refusé de payer leurs impôts et firent la grève de la faim en prison, etc.) qui rend le mouvement des Suffragettes célèbre dans le monde entier et inspire, entre autres, les militantes américaines et canadiennes.

Face au pouvoir en place et aux circonstances

Nous sommes au début du XXème siècle, la popularité des Suffragettes met le gouvernement britannique dans une position délicate mais la Reine Victoria refuse de céder. La tension monte d’un cran. En juin 1913, dans un élan de provocation extrême, la jeune Emily Wilding Davison se jette sous le cheval du roi et meurt. Les Suffragettes viennent de trouver leur premier martyre.

Qui sait jusqu’où auraient pu aller les Suffragettes si la Première guerre mondiale n’avait pas éclatée en 1914 ? Les circonstances imposant de mettre les luttes sociales entre parenthèses, la dirigeante du mouvement des Suffragettes, Emmeline Pankhurst, donne pour instructions de soutenir le gouvernement dans son effort de guerre.  

Il faudra attendre la fin de la guerre en 1918 pour qu’une première loi accorde le droit de vote à une partie des femmes de plus de 30 ans, et ce n’est qu’en 1928 que les femmes britanniques obtiennent le statut d'électrice selon les mêmes termes que les hommes. 

Les Suffragettes aujourd'hui

Si le droit de vote des femmes occidentales est désormais un acquis solide et que les femmes se font élire responsables politiques ou PDG de grandes entreprises, il reste encore à obtenir l’égalité salariale (7 % de moins pour les femmes*) et une représentation politique équitable. Sans compter les luttes qui restent à mener dans les pays émergents, où des millions de femmes risquent quotidiennement de perdre la vie, leurs enfants et tout ce qu’elles possèdent si telle est la volonté des hommes – leurs pères ou leurs maris –, qui seuls peuvent décider de leur sort.

Au Royaume-Uni, les méthodes d’action des Suffragettes ont été reprises récemment par le mouvement Climate Rush qui milite pour que le changement climatique devienne une priorité pour le gouvernement britannique. En 2008, des centaines de militants ont assiégé le Palais de Westminster à Londres, brandissant des banderoles et scandant des slogans identiques à ceux des Suffragettes « Deeds not words ! » (Des actions pas des mots !)

Le journal London evening standard cite l’une des manifestantes qui s’exprimait ce jour-là au micro : « Le changement climatique est le combat des femmes d’aujourd’hui et, si nos grands-mères et arrière-grands-mères qui se sont battues il y a 100 ans pour obtenir le droit de vote étaient là aujourd’hui, je suis sure qu’elles soutiendraient notre cause. Nous manifestons aujourd’hui parce que le gouvernement doit agir face au changement climatique. Le combat des femmes pour notre planète ne fait que commencer ». (Découvrir à ce sujet l'article sur l'écoféminisme.)

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* Selon l’étude de l’APEC intitulée « Les écarts de salaires entre hommes et femmes cadres : une approche par âge » (février 2010) : « En moyenne, le salaire des hommes cadres est supérieur de 22 % à celui des femmes cadres. Cet écart s’explique en partie par les caractéristiques individuelles, de poste et d’entreprise qui diffèrent entre hommes et femmes. Or, à caractéristiques égales (en termes de profil professionnel, de poste occupé et d’entreprise), l’écart salarial qui subsiste entre les hommes et les femmes cadres est de l’ordre
de 7 %
. »

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