Yunus

Muhammad Yunus, le banquier des pauvres

L’inventeur du microcrédit a permis à des milliers de femmes de se sortir, elles et leurs familles, de la précarité. Grâce à Muhammad Yunus, les femmes des pays en développement deviennent chefs d’entreprise, exploitantes agricoles ou propriétaires de commerce, et leur nouvelle prospérité profite autant à leurs proches qu’à l’ensemble de leur communauté.

Muhammad Yunus est né en 1940 dans le Bengale Occidental (ancien nom du Bangladesh). En 1960, il passe son doctorat en Sciences économiques aux États-Unis et devient professeur d’économie à l’Université du Colorado. En 1971, Yunus rentre travailler au Bangladesh. Trois ans après son retour, une terrible famine s’abat sur le pays, provoquant la mort d’environ 1,5 million de personnes. Il expliqua plus tard que cet événement a changé sa vie : « Les gens mourraient de faim dans la rue et moi je continuais à enseigner d’élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité. J’ai commencé à comprendre qu’il était très arrogant de prétendre avoir des réponses en restant dans une salle de classe et j’ai alors commencé à étudier sur le terrain »*. Cherchant à comprendre les mécanismes de la pauvreté, Yunus se rend dans le village de Jobra. Il y observe que les femmes sont prises dans un cercle vicieux qui les empêche de sortir de la pauvreté bien qu’elles parviennent à gagner de l’argent.

Pour que les femmes aient accès au prêt bancaire

Dans la plupart des pays d’Asie du Sud, les femmes étaient jusqu’alors incapables d’obtenir des prêts dans les banques traditionnelles, et ce pour deux raisons : premièrement, seuls les hommes étaient solvables et deuxièmement, les sommes dont elles avaient besoin étaient trop petites (souvent moins de 1 euro) pour que les banques puissent en tirer des bénéfices.

Les femmes qui avaient besoin d’un prêt n’avaient donc pas d’autre choix que celui de s’adresser à un usurier. Celui-ci leur faisait payer des taux d’intérêt très élevés. Les femmes qui voulaient monter une affaire pour faire fructifier leur capital n’avaient alors aucune chance de faire des bénéfices suffisants pour rembourser leur usurier et conserver l’équivalent d’un salaire. Muhammad Yunus décide alors de prêter 850 thakas (24 euros) à 42 femmes parmi les plus pauvres de Jobra. Ces microprêts auraient suffi pour qu’elles puissent acquérir une poule et générer un revenu quotidien en vendant les œufs : « l’objectif était de les faire entrer dans un cycle économique et d’amorcer un changement de mentalité ».

Convaincre les systèmes financiers traditionnels

Fort de cette expérience réussie, Yunus essaie de convaincre les banques traditionnelles d’adopter le système des microcrédits, mais il échoue et il lui faudra finalement créer sa propre structure, la Grameen Bank (qui verra le jour en 1978) pour réussir à convaincre les systèmes financiers traditionnels de la viabilité de son projet.

Le principe est relativement simple : la banque ne réclame pas de caution, l’emprunteur est le seul responsable du remboursement du prêt. Les taux d’intérêts sont compris entre 0 et 20 % (ce dernier taux, très élevé, donne lieu à des polémiques quant à l’éthique de la microfinance). Les sceptiques se sont longtemps abstenus de commentaire car le remboursement des prêts a rapidement atteint 99 %.

Trente ans plus tard, la Grameen Bank compte 4,8 millions d’emprunteurs et a octroyé 5 milliards de dollars de prêts. Les microcrédits ont permis à 55 % des emprunteurs et à leurs familles de passer au-dessus du seuil de pauvreté. La Grameen Bank finance aujourd’hui l’intégralité de ses prêts grâce aux dépôts qu’elle reçoit, dont les deux tiers proviennent des emprunteurs eux-mêmes. Ces derniers sont aussi les actionnaires de la banque à 94 %, 6 % seulement étant détenus par le gouvernement du Bangladesh.

Aujourd’hui, près de 2 000 organisations non-gouvernementales (ONG) à travers le monde proposent des services de microcrédits et on peut imaginer qu'il ne s'agit que d’un début.

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Mise à jour du 2 mars 2011 : Depuis la mise en ligne de cet article, le professeur Muhammad Yunus a quitté ses fonctions à la tête de la Grameem Bank suite à des accusations d'irrégularités par le gouvernement du Bangladesh.

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* Source : Citation extraitre d’une interview de Muhammad Yunus publiée le 9 mars 2005 par Knowledge@Wharton, le journal en ligne de l'Université de Wharton (États-Unis).

Crédits photo : rsepulveda / flickR.


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